La surprise du chef
Comment imaginer une épreuve aussi exigeante que les 24 Heures du Mans sans surprise ?..
Le chef vous mijote son choix de surprises – choisies de façon parfaitement subjective parmi 1001 anecdotes, originales ou insolites, qui ont émaillé l’histoire de la grande course. Voici le premier épisode:
1963 : Un engin bizarre, avec un bruit bizarre et un numéro bizarre.
On découvre en piste lors des essais d’avril un proto plutôt laid, sous sa robe brute de fonderie au métal non peint. De plus, le curieux engin fait un bruit de cocotte-minute en folie. Il siffle. Des voitures esthétiquement déroutantes, on en avait déjà vu beaucoup au Mans. Mais ce sifflement, c’était une vraie surprise.
Rover-B.R.M. est le premier à relever un défi lancé par l’A.C.O. depuis … 1953. Le premier véhicule animé par une turbine, qui bouclera les 24 Heures à une moyenne de 150 km/h au moins, se verra offrir une prime de 25000 F. (Pour information, le vainqueur absolu en empochera cette année 50000).
Partant du châssis de sa monoplace F1 de 1961, B.R.M. a fait dessiner par Tony Rudd ce prototype biplace, équipé d’une turbine Rover développant environ 150 ch. Il n’y a ni embrayage ni boîte de vitesses, simplement un inverseur pour la marche arrière et un couple conique conçu chez B.R.M. La turbine étant dépourvue d’échangeur de température, elle boit comme un trou : sa consommation s’élève à 50 L de kérosène aux 100 km. Pour ne pas devoir ravitailler trop souvent, on recourt à un réservoir de 220 L, non conforme au règlement des 24 Heures. La nouveauté est donc admise en “Invitée hors classement”.
L’engin étrange est confié à deux pilotes de grand talent, Graham Hill et Richie Ginther. Ils auront fort à faire, car la bête est très délicate à conduire : il lui faut environ 2 secondes pour répondre à une accélération, elle peine donc à s’extraire des virages lents. En outre, la turbine n’a pas de frein-moteur, et les freins à disque Dunlop ne pourront compter que sur eux-mêmes pour ralentir la Rover-BRM. Quant aux compte-tours montant à 50000 t/min pour la turbine, et 70000 t/min pour le compresseur, ils constitueront un stress supplémentaire pour les hardis pilotes. Ils pourront se consoler avec une vitesse de pointe très honorable, de l’ordre de 240 km/h – à comparer aux 280 km/h d’une Ferrari 250P, favorite de l’épreuve.
A l’issue des essais préliminaires, la défi semble pouvoir être aisément remporté : La Rover-BRM a réussi un temps de 4′30″7, à près de 180 km/h.
Pour la course, elle a subi un sérieux lifting, qui lui donne une apparence nettement mieux finie. Et elle arbore sur sa livrée british racing green un inhabituel numéro “00”. Elle signe aux essais un temps de 4′22″, 8 secondes plus vite qu’en avril, soit une moyenne sur un tour voisine de 185 km/h.
Son originalité effraierait-elle, elle s’élancera 20 secondes après les autres concurrents. Et ralliera l’arrivée après avoir parcouru 4172,910 km, à une moyenne de 173,346 km/h. Si elle avait été classée, cette performance lui aurait valu de figurer à la 7ème place.
La Rover-B.R.M. à turbine reviendra au Mans en 1965, en concurrente à part entière cette fois. Mais ce ne sera plus vraiment une surprise…
Rover-BRM au Mans :
Rover BRM
| Année |
Position |
Tours |
n° |
Chassis |
Equipe |
Moteur |
Pilotes |
| 1963 |
13ème (NC) |
310 |
00 |
Rover-BRM |
Owen Racing Organisation |
Rover 2.0L Turbine |
Graham Hill Richie Ginther |
| 1965 |
10ème |
284 |
31 |
Rover-BRM |
Owen Racing Organisation |
Rover 2.0L Turbine |
Graham Hill Jackie Stewart |
Texte et photos: Alain Jourdainne
1 commentaire pour "1963 : Rover BRM"
Graham Hill disait:
“on s’installe dans ce qui ressemble vaguement à une voiture de course et dés que l’on met en route le propulseur c’est comme si un Boeing 707 vous sifflait dans les oreilles….pas rassurant du tout !”
A vous !
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