15 et 16 juin 1963 : 31èmes 24 Heures du Mans
Le contexte
Ferrari, qui a remporté les trois dernières éditions, est au sommet de sa gloire mancelle.
Une rude concurrence pourrait bientôt venir de la part de Ford. Le géant américain s’intéresse aux 24 Heures, et a discrètement approché Ferrari pour tenter de racheter purement et simplement l’écurie. Mais l’offre a été déclinée, et Ford ne pourra compter que sur lui-même pour triompher au Mans.
Mais pour l’instant, qui pourrait donc battre le grandissime favori ?
Pas la curiosité de cette année, la Rover-BRM propulsée par une turbine. Elle participe hors-compétition, sans autre ambition qu’étalonner sur la piste une technologie à laquelle on croit beaucoup à l’époque.
Pas Aston-Martin ni Jaguar, qui n’ont pas les voitures pour espérer défier Ferrari.
Pas Ford, dont la présence prospective se limite à des moteurs V8 4,7 litres, mais on reparlera des concurrents qui bénéficient de son appui. Les A.C. Cobra de Carroll Shelby, qui deviendront bientôt Cobra, n’en sont qu’au début de leurs aventures. Quant à la toute nouvelle Lola, les futures Ford GT40 s’en inspireront fortement.
Peut-être Maserati ? Maserati France engage sous le n° 2 un châssis Tipo 151. Toujours véloces mais rarement fiables, les création du Trident ont connu peu de réussite au Mans. Et celle-ci est bien seule face à l’armada de son concurrent.
La Course
Dès le premier tous, la Maserati pilotée par André Simon prendra crânement la tête de la course, pour la conserver durant 14 boucles. A la suite de quoi, elle ne quittera pas le peloton de tête, reprenant parfois le commandement au fil des ravitaillements – elle consomme nettement moins que ses rivales Ferrari. Mais vers 19 heures, le rêve se termine sur un bris de boîte de vitesses.
Et la lutte se résume désormais à un affrontement interne entre Ferrari.
Après 9 heures de course, le public manceau perd son chouchou, le flamboyant mexicain Pedro Rodriguez, dont le coéquipier Roger Penske abandonne sur sortie de route, consécutive à la rupture d’une canalisation d’huile.
Dimanche vers 10 heures, c’est un autre favori qui abandonne. Willy Mairesse, coéquipier de John Surtees, est sévèrement brûlé dans l’incendie de sa voiture, consécutif à son ravitaillement.
Le bilan
Evitant les pièges, ce sont finalement Ludovico Scarfiotti et Lorenzo Bandini qui imposent leur Ferrari 250P n° 21. Première Ferrari conçue dès l’origine pour le moteur arrière, la 250P s’impose dès sa première participation. Elle précède au classement 5 autres Ferrari. La seconde place conquise par la 250 GTO n° 24 de l’Equipe Nationale Belge, aux mains de Beurlys et Langlois, qui s’immisce parmi les prototypes, constitue un bel exploit.
Cette édition verra plusieurs accidents, dont l’un sera hélas fatal à Bino Heins, jeune pilote brésilien d’une Alpine, nouvelle venue dans la Sarthe. Vers 21 heures, l’Aston-Martin de Bruce McLaren répand son huile sur la ligne droite des Hunaudières, il s’ensuit une multiple sortie de piste, l’Alpine s’embrase et on ne pourra en extraire son pilote.
Le classement au rendement énergétique revient à la René-Bonnet n° 53 de Beltoise et Bobrowsky, après la déroute de ses concurrentes Alpine.
Texte et photos Alain Jourdainne
Bibliographie :
24 Heures du Mans 1923-1992, C.Moity / J.M. Teissèdre / A.Bienvenu, Ed. Barthélémy
Ferrari au Mans, F.Hurel, Ed. Le Mans Racing
Maserati aux 24 Heures du Mans, M.Bollée, Ed. ACLA
Les 24 Heures du Mans 1949-1973, C.Moity, Ed. Edita Lausanne
3 commentaires pour "Le Mans 1963"
excellentes photos,
un modéliste reconnaissant !
La Ferrari 250 P de Willy Mairesse est en flamme dans les « S » du Tertre Rouge et s’abime contre les fascines de protection……………..
Mairesse se dégage seul de la fournaise, blessé aux bras et aux cuisses, il réquisitionne la voiture d’un spectateur…….seul moyen possible de regagner rapidement les stands.
Dans le paddock, il est pris en charge par des infirmières qui le mènent à une ambulance, en fait une simple Simca Aronde bardée d’une croix rouges sur fond blanc…..
Au poste de secours, des religieuses tentent de le déshabiller en prenant un soin infini…..
Cette année là la femme de Willy Mairesse déclara.
« le service de secours de la plus grande épreuve du monde est en dessous de tout, il fait penser à un dispensaire de brousse !! »
Bonne année à François-René et Alain, continuez à nous proposer des images des 24 heures, et à bientôt dans un petit village de la Sarthe…
Amitiés Patrick.
A vous !
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