14 et 15 juin 1969 : 37èmes 24 Heures du Mans
Ickx, première ; Ford, quatrième.
Au départ comme à l’arrivée, Ickx affole les média.
Cette année, la catégorie “Sport” a vu son minimum de production abaissé de 50 à 25 exemplaires.
Porsche s’est engouffré dans cette brèche, et aligne sa mythique 917, dont le moteur V12 de 4,4 L développe plus de 500 ch.
Face à cet épouvantail, les prototypes 3 L ne peuvent guère nourrir d’espoirs. Ferrari engage cependant deux toutes nouvelles 312 P, Alpine et Matra persistent.
Fidèles au poste, les Ford GT40 sont engagées sous les célèbres couleurs Gulf de John Wyer.
Série noire en avril.
Lors des essais préliminaires d’avril, Alfa Romeo présente un nouveau spyder 33. A son volant, Lucien Bianchi trouvera la mort au bout des Hunaudières.
Matra a choisi de développer en parallèle deux concepts très différents.
La barquette 630 / 650 de Bernard Boyer, dans le droit fil des réalisations précédentes de la marque. Et la berlinette 640 à carrosserie fermée très aérodynamique de Robert Choulet – un transfuge des bureaux d’étude de Charles Deutsch, réputés pour leurs carrosseries très fluides.
Contrairement aux 630 / 650, la 640 n’a pas été prête à temps pour participer aux essais préliminaires, il s’en est fallu de quelques jours. Mais suite au drame survenu à Lucien Bianchi, les dirigeants de Matra tiennent à valider in situ son concept aérodynamique. Ils obtiennent pour cela l’autorisation de disposer de la ligne droite des Hunaudières, exceptionnellement fermée à toute circulation le 16 avril.
Henri Pescarolo, chargé du premier essai, n’atteindra pas le bout de la ligne droite. Affectée d’un vice aérodynamique que les bosses de la route révèleront, la 640 se déleste, part en looping et va s’écraser sur le bas-côté. Henri souffre de multiples brûlures et d’une fracture vertébrale, qui le tiendront plusieurs mois éloigné des circuits – cependant, sa volonté rendra sa rééducation étonnamment rapide.
Drame en course.
Les Porsche 917 sont des monstres, taillés pour les professionnels de la course. Mais la réglementation en fait également des voitures “client”. Et à côté des équipages officiels, on trouve au départ le premier de ces clients : le britannique John Woolfe. Il tiendra à prendre lui-même le départ, négligeant les conseils de l’usine qui auraient préféré que ce soir son expérimenté coéquipier, Herbert Linge, qui prenne la mesure de la Porsche n° 10.
Ce départ verra une protestation originale de Jacky Ickx. Opposé au traditionnel départ en épi, où les pilotes traversent la piste au pas de course pour s’installer au volant, le belge traversera … en marchant. Les plus prompts à s’élancer lui frôleront les talons ! Amplement répercuté dans les média, son geste n’aura pas de conséquences fâcheuses pour la suite de sa course.
A la fin du premier tour, les regards se portent vers Maison Blanche, où s’élève un panache de fumée de mauvais augure. John Woolfe a trouvé la mort en perdant le contrôle de sa Porsche 917. Parmi les conséquences marginales de cet accident, l’abandon de la Ferrari 312 P de Chris Amon, qui a roulé sur les débris.
Le vainqueur n’est pas celui qu’on attendait.
Après avoir longuement caracolé en tête, les Porsche 917 connaîtront de nombreux ennuis techniques. Le dimanche à 11h, la n° 12 de Vic Elford / Dick Attwood renonce, laissant s’expliquer pour la victoire la Porsche 908 3 L n° 64 de Hans Herrmann / Gérard Larrousse et la Ford GT40 n° 6 de Jacky Ickx / Jackie Oliver.
Le mano a mano durera jusqu’à l’arrivée, les deux voitures se disputant la première place à coups de seconde. Mais la mécanique de la Porsche a souffert, et Jacky Ickx est habile. Durant le dernier tour, il déborde Herrmann aux abords de Mulsanne et file remporter sa première victoire mancelle, au terme du final le plus haletant jamais vu dans la Sarthe. L’image de la Ford recevant le drapeau à damiers quelques mètres devant la Porsche fera le tour du monde.
Ford engrange donc son quatrième succès, cependant que la déception est grande chez Porsche, venu pour gagner. Bon résultat d’ensemble pour Matra, qui place trois voitures entre le 4ème et le 7ème rang.
Texte et photos Alain Jourdainne
Bibliographie :
24 Heures du Mans 1923-1992, C.Moity / J.M. Teissèdre / A.Bienvenu, Ed. Barthélémy
Les 24 Heures du Mans 1923-1982, C.Moity / J.M. Teissèdre / D.Braillon / P.Moity, Ed. Publi-Inter
La saga Matra 1965-1982, José Rosinski, Ed. ETAI
2 commentaires pour "Le Mans 1969"
Je rencontre le 17 nov 2008 la veuve du commissaire Argoud, renversé par ICKX lors de l’édition 70.Ce témoignage sera rendu dans le livre sue je prépare sur J.Woolfe ,décédé lors du premer tour de l’édition 1969.MB
Que de souvenirs au regard de cette page puisque lors de cette édition de 1969 j’étais présent dans les stands ALPINE comme mécanicien-carrossier préposé à tout ce qui avait trait en montage ou à la réparation sur divers éléments de la carrosserie des voitures engagées par ALPINE-RENAULT -
Bravo pour l’ensemble du site et les nombreuses photos qui permettent à bon nombre de collectionneurs don je suis de trouver les éléments de déco des voitures - Continuez c’est super -
A vous !
Pour ecrire un commentaire, remplissez simplement le formulaire ci-dessous et cliquez sur soumettre. L'administrateur de Lemans-photos.org valide les commentaires avant leur publication.