10 et 11 juin 1972 : 40èmes 24 Heures du Mans
Circuit modifié, nouveau règlement … La fin des “monstres”.
22 ans après Talbot, grâce à Matra, enfin un vainqueur en bleu !
Les “Sport” étaient trop performantes : elles ont fait peur.
La nouvelle réglementation bannit les motorisations 5 L, les prototypes 3 L vont enfin avoir leur chance.
Ils disposeront pour cela d’un circuit profondément modifié, et rallongé de près de 200 m : La dangereuse zone de Maison Blanche est remplacée par une portion sinueuse, qui ramène les concurrents au virage Ford. Nouveauté également dans les stands, où les ravitaillements en essence s’effectuent désormais grâce à un système de coupleur avec bidon de dégazage.
Matra en favori.
La firme de Vélizy a de l’expérience en protos 3 L, ses modèles 670 ont été étudiés en soufflerie, et longuement testés en prévision des 24 Heures. Son équipe est dirigée par un certain Gérard Ducarouge, dont on n’a pas fini d’entendre parler. Elle fait logiquement figure de favori. Elle engage 3 670, avec une 660/670 en renfort.
Pas de Ferrari pour lui donner la réplique. Les beaux protos 312 P aperçus aux essais préliminaires sont forfait. Il faut dire que Ferrari vise le championnat, et Matra les 24 Heures, chacun privilégie son objectif.
Pour contrer les barquettes françaises, on devra donc compter sur les 3 Alfa Romeo 33 TT3, et les 2 élégantes Lola T280 “Switzerland”, à l’originale décoration en tranche de gruyère.
… Douche froide pour les bleus.
Dès le second tour de course, le moteur de la Matra n° 12 de J.P. Beltoise – Chris Amon part en fumée dans la courbe Dunlop. Mauvais présage pour Matra, et mauvaise publicité pour le malheureux Beltoise, accusé une fois de plus de maltraiter ses voitures.
Du coup, la Lola n° 7 de Hughes de Fierlant – Jorge De Bagration – Mario Cabral mène le bal durant une heure. Puis les Matra reprendront le commandement des opérations sans rencontrer de réelle opposition : Les Alfa sont dominées, et les Lola seront vite accablées d’ennuis divers et variés. A la régulière, la cause est entendue. Mais en vingt-quatre heures, il peut se passer tant de choses …
Adieu, Joakim Bonnier.
Tôt le dimanche matin, un dramatique accident coûtera la vie au pilote suédois, président en titre du GPDA. Dans le tronçon très rapide qui sépare Mulsanne d’Indianapolis, sa Lola n° 8 accroche la Ferrari 365 GTB4 n° 35 de Florian Vetsch. La barquette jaune s’envole, et va scalper les arbres loin au-delà des rails de sécurité. Joakim Bonnier est tué sur le coup.
Matra, première. Pesca, première. Graham Hill, l’exploit.
Dimanche à midi, 2 Matra très proches l’une de l’autre occupent les 2 premières positions. Mais sous la pluie, un “fait de course” évitera à Jean-Luc Lagardère de devoir désigner un vainqueur. Sur les Hunaudières, la Corvette de Marie-Claude Beaumont éperonne la Matra n° 14 de François Cevert – Howden Ganley. Le proto y perdra 9 tours, et laissera sa sœur n° 15 filer vers la victoire.
Son équipage, composé de Henri Pescarolo et Graham Hill, semblait pourtant mal assorti. Henri se méfiait un peu de Matra, et beaucoup du “vieil” Anglais. Mais au final tout fonctionnera à merveille, Henri Pescarolo remportera son premier succès manceau, et Graham Hill coiffera une triple couronne : Vainqueur au Mans, champion du monde de F1, et victorieux à Indianapolis. A ce jour, personne n’a pu l’égaler.
Le record de Porsche a de beaux jours devant lui.
Derrière le duo des Matra, une “antique” Porsche 908 devance la seule Alfa 33 TT3 rescapée. Prémonitoire, l’un des pilotes de l’allemande se nomme Reinhold Joest, tiens, tiens …
Entre le 5ème et le 9ème rang, 5 Ferrari 365 GTB4 réalisent un magnifique tir groupé.
Les modifications du règlement et du circuit ont porté leurs fruits : Les vainqueurs ont “seulement” parcouru 4691 km à la moyenne de 195 km/h. Les performances époustouflantes des Porsche 917 resteront longtemps dans les annales …
Texte et photos Alain Jourdainne
Bibliographie :
24 Heures du Mans 1923-1992, C.Moity / J.M. Teissèdre / A.Bienvenu, Ed. Barthélémy
Les 24 Heures du Mans 1923-1982, C.Moity / J.M. Teissèdre / D.Braillon / P.Moity, Ed. Publi-Inter
La saga Matra 1965-1982, José Rosinski, Ed. ETAI
2 commentaires pour "Le Mans 1972"
Parfait comme d’hab. La SM en couleur, jamais vue.
Bravo pour votre belle réalisation. Très beau site et surtout photos superbes qui font si bien revenir “l’atmosphère” de chaque époque. J’attends avec impatiences les années 80 et 90. Continuez !
A vous !
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