6 et 7 juin 1998 : 66èmes 24 Heures du Mans
Au terme d’une course âprement disputée, Porsche lave l’affront !
Les grands constructeurs reviennent en nombre au Mans.
Après le désastre de l’an dernier, Porsche entend prouver qu’il peut remporter la course sans préparateur interposé. Le préparateur talentueux pose en pareil cas un problème particulier, que le constructeur a résolu élégamment, en incorporant Reinhold Joëst à son équipe. Le voilà manager de deux protos Porsche LMP1 (rappelant étrangement ses TWR), équipés cette fois de toute la mécanique 3,2 L de la 911 GT1. Pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, la marque aligne également deux 911 GT1, dotées pour la première fois d’un châssis monocoque carbone.
Ce déploiement de forces est justifié face à une concurrence particulièrement relevée.
Toyota s’intéresse à son tour au GT1, et présente trois GT-One qui n’ont, avouons-le, pas grand-chose de “GT”. Ces bêtes de course exploitent le règlement à outrance. Elles sont mues par un V8 biturbo de 3,6 L. Mercedes revient au Mans avec deux CLK-LM assez peu “GT” elles aussi, qui s’en remettent à un V8 atmo de 6 L. Nissan ramène quatre R390 bien retouchées depuis l’an dernier. Mais si modernes et bien conçues soient-elles, ces voitures ressemblent trop à des … “GT”, elles ne lutteront pas à armes égales avec les précédentes nommées. Enfin, BMW est le seul grand constructeur à avoir choisi la catégorie LMP1. Il aligne deux barquettes V12 LM, propulsées par un V12 atmo de 6 L. Il semble évident que les autres concurrents, Ferrari, Courage et même MacLaren, devront se contenter de minuscules miettes du festin.
Une course de folie.
C’est Bernd Schneider qui signe la pole avec la Mercedes CLK-LM n°35, en 3′35″544. La meilleure Toyota n’est pas loin, les 911 GT1 non plus, et la meilleure LMP1, la BMW n°2, pointe au sixième rang. Par contre les Porsche LMP1 et les Nissan sont déjà clairement à la peine. Sitôt le départ – exceptionnellement avancé cette année à 14h – Toyota et Mercedes se disputent le commandement, Porsche préférant une tactique plus attentiste. Pour Mercedes, le feu d’artifice sera de courte durée. Après dix-neuf tours, Bernd Schneider alors en tête sur la n°35 doit stopper juste après la voie des stands. Moteur out suite à une avarie de pompe à huile, l’abandon est consommé. Une petite heure plus tard, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la seconde Mercedes renoncera elle aussi. Toyota prend donc le relais en tête, d’abord avec la n°28 de Martin Brundle – Emmanuel Collard – Eric Hélary, puis avec la n°29 de Thierry Boutsen – Ralf Kelleners – Geoff Lees. Mais une épidémie va frapper les boîtes de vitesse des japonaises, qui lâcheront l’une après l’autre. Et à 22h, la Porsche n°25 de Bob Wollek – Uwe Alzen – Jorg Muller prend le commandement. Commence alors une longue partie de cache-cache avec l’autre 911 GT1, la n°26 d’Allan McNish – Laurent Aiello – Stéphane Ortelli. Très proches l’une de l’autre, ces deux voitures s’échangent la tête de la course au fil des ravitaillements. A la mi-course, les deux Porsche devancent la Nissan n°30 et la Courage-Nissan n°51. Au vu du début de course, on n’attendait pas le constructeur japonais à pareille fête, devant la meilleure Toyota GT-One classée cinquième. Mais à 6h, Porsche voit comme l’an dernier revenir le spectre de la débâcle. La n°25 a endommagé son fond plat dans une sortie de piste, et la n°26 rencontre des problèmes de refroidissement. Et voilà la Toyota n°29 en tête, avec trois tours d’avance sur la meilleure 911 GT1. Et à 9h, nouveau rebondissement : la boîte de la Toyota refait des siennes, la Porsche n°26 en profite pour reprendre le commandement, mais la Toyota récupérera vite son bien. C’est compter sans l’ultime coup du sort, dont Toyota est hélas coutumier au Mans. A 12h21, la boîte cède une fois de plus, et Thierry Boutsen ne pourra pas ramener la voiture au stand. Les 911 GT1 s’offrent donc un doublé chanceux, la 26 précédant la 25. La Nissan n°32 de Aguri Suzuki – Kazuyoshi Hoshino – Masahiko Kageyama est troisième. La marque japonaise amène ses quatre voitures à l’arrivée, les trois autres sont respectivement cinquième, sixième et dixième. Par contre, plus de BMW ni de Mercedes pour recevoir le drapeau à damiers, et la seule Toyota rescapée est pointée neuvième. Nul doute que tous reverront leur copie d’ici l’an prochain …
Texte : Alain Jourdainne Photos: François-René Alexandre
Bibliographie :
Les 24 Heures du Mans 1998, C.Moity / J.M. Teissèdre, Ed. IHM
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