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Henri Pescarolo et Le Mans - 3

Auteur : FRA le 2 juin 2009
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Henri Pescarolo et les Vingt-quatre heures du Mans

3/7. Matra, jusqu’au triomphe

1966 : Les 8 Heures du Mans

Première tentative de Matra pour forcer les portes de l’endurance, la MS 620 à moteur BRM est lourde et fragile. Pescarolo et son coéquipier Jaussaud abandonnent dès la huitième heure, sur casse moteur.

1967 : Les 8 Heures du Mans (bis)

La Matra MS 630 est une sage évolution du modèle de l’année précédente. Le V8 BRM voit sa cylindrée passer à 2 litres. Tout nouvellement créé, le pétrolier Elf unit sa destinée à Matra, cette union durera de nombreuses années. Pescarolo est toujours là, mais ne sera guère plus chanceux avec sa nouvelle monture. De nouveau associé à Jaussaud, ils abandonnent encore à la huitième heure, mais cette fois en délicatesse avec leur… portière.

1968 : Pescarolo entre dans la légende.

Grande nouveauté cette année chez Matra : La MS 630B étrenne le V12 maison, un 3 litres à la sonorité envoûtante, destiné également à la Formule 1. Les ambitions ne sont plus du tout les mêmes qu’avec le 2 L BRM. Mais cette édition, exceptionnellement disputée en septembre pour cause “d’événements”, souffre de surcroît d’une météo très arrosée. Et la Matra de Pescarolo – Servoz-Gavin connaît des problèmes d’essuie-glace !

Alors que la voiture occupe la seconde place en début de nuit, une nuit d’automne qui s’annonce interminable, l’averse revient. Et lorsque l’essuie-glace déclare définitivement forfait, Servoz-Gavin décide qu’il n’ira pas plus loin dans ces conditions. On réveille donc Pescarolo, qui sans état d’âme va assurer dans des conditions dantesques un double relais de folie. Bravant tous les dangers avec une visibilité inexistante, Henri remonte sa voiture à la seconde place. Le jour revient, la pluie cesse et Servoz-Gavin prend le relais.

Hélas, cet exploit sera bien mal récompensé. A 11h40, Mauro Bianchi est gravement accidenté, et les débris de son Alpine provoqueront une crevaison sur la Matra que pilote alors Pescarolo. Il parviendra à repartir, mais à 12h20 une nouvelle crevaison le stoppera, irrémédiablement cette fois. Les débris du pneu abîmeront la batterie, il en résultera un court-circuit qui privera Matra d’un beau podium.

Mais malgré cette déception, on n’oubliera pas de sitôt Pescarolo et son gros cœur : le barbu téméraire a inscrit son nom dans la légende du Mans.

1969 : Une année à oublier.

Pour ses futurs protos, Matra hésite entre deux définitions plutôt antagonistes. Le spyder 630/650 compact et sobre imaginé par Bernard Boyer, et la berlinette 640 à l’aérodynamique extrêmement fluide élaborée par Robert Choulet. Confrontée à des retards de fabrication, cette dernière a manqué d’une semaine les essais préliminaires. Lagardère et son staff ont été sensibilisés par l’accident mortel dont Lucien Bianchi a été victime lors de ces mêmes essais, ils tiennent donc à valider le concept aérodynamique en vraie grandeur avant de statuer sur le devenir de cette voiture. Et comme à cette heureuse époque on ne refuse pas grand-chose aux constructeurs français impliqués en compétition, Matra a obtenu l’autorisation d’utiliser pour ses essais la célèbre ligne droite des Hunaudières, fermée à la circulation spécialement pour la circonstance en ce 16 avril.

A 10h30, Pescarolo démarre au volant de la 640. Mais un vice aérodynamique va la faire s’envoler à pleine vitesse. Après un looping, elle retombe lourdement et va terminer sa course contre un arbre avant de prendre feu. Le pilote parvient miraculeusement à s’en extraire, avec de multiples brûlures et une vertèbre fracturée. Malgré une rééducation menée tambour battant, et qui laissera ses médecins pantois, Henri Pescarolo devra cette année faire l’impasse sur les Vingt-quatre Heures. Il ne reprendra la compétition qu’à la fin de l’été.

1970 : Retour aux affaires.

Matra a décidé d’apporter beaucoup plus de rigueur dans la conception de ses prototypes. La MS 660 en est la première illustration, elle inaugure un châssis-coque, mais si elle est très fine son aérodynamique manque hélas d’efficacité. De plus, la firme fait alors porter l’essentiel de ses efforts sur la Formule 1.

Mais la Matra F1, propulsée par le V12 “maison”, n’aura jamais l’efficacité de la Matra-Ford qui a mené Jackie Stewart au titre suprême en 1969. Convié à disputer plusieurs grands prix à son volant, Henri Pescarolo ne pourra hélas pas briller en F 1 avec sa monture franco-française.

Au Mans cette année-là, Pesca est associé à Beltoise sur Matra MS 660. Nouvelle sortie blanche, le moteur les stoppera à la septième heure – qui sera d’ailleurs fatale aux trois Matra engagées, décimées par une terrible épidémie.

1971 : Forza Ferrari !

Chez Matra, la MS 660 fait de la résistance, et un seul exemplaire est engagé aux Vingt-quatre heures, confié à Beltoise et Chris Amon. Evincé de l’équipe française, Pescarolo a trouvé refuge dans la Scuderia Filipinetti, où il pilote une Ferrari 512 F, associé à Mike Parkes. Ils abandonneront à la 13ème heure sur panne moteur.

1972 : Enfin !

La Matra MS 670 s’est fait attendre, mais elle fait table rase des imperfections de la 660. De plus, la concurrence apparaît bien faible cette année : Ferrari a déclaré forfait, Alfa Romeo et Lola déploient des moyens sans commune mesure avec ceux de l’équipe française, qui part donc archi-favorite.

Henri Pescarolo se retrouve associé au champion du monde F 1 1962, Graham Hill. Un vieux !.. Qui, sentant les réticences de son fougueux coéquipier, n’hésitera pas à “charger la mule” avec un humour typiquement british. Mais l’entente sera finalement parfaite entre les deux hommes.

Pour rendre hommage au président Pompidou, venu en personne donner le départ, Jean-Luc Lagardère a prévu une petite parade de ses pilotes français. Et à la fin du premier tour, conformément au tableau de marche prévu, Pescarolo est en tête. Mais à la fin du second, le moteur de la Matra de Beltoise part en fumée. Du coup, on lève le pied chez les Bleus, et les Lola vont caracoler quelques temps en tête. Puis la confiance revient, et Cevert – Ganley prennent le commandement sur leur 670 “longue queue” équipée d’un V12 1972. Suivent Pescarolo – Hill, disposant pour leur part d’une 670 “courte” dotée d’un V12 1971. Théoriquement mieux lotis, Cevert – Ganley pilotent en souplesse. Et leurs challengers, en butte à une usure anormale de leurs garnitures de freins, doivent cravacher pour rattraper le temps perdu. Ceci en ignorant (joyeusement ?) les consignes de modération de leur équipe.

Dimanche au petit matin, sous la pluie, Hill fait un meilleur choix de pneus que Ganley, et parvient à prendre le commandement. De plus, vers midi, ce même Ganley sera percuté par la Corvette de Marie-Claude Beaumont, et y laissera ses derniers espoirs de victoire. Les positions en tête sont figées, et Henri Pescarolo engrange son premier succès manceau.

1973 : Bis !

Jean-Luc Lagardère a décidé d’abandonner la Formule 1, et de tout miser désormais sur les prototypes. Les Matra 670B disputent l’intégralité du championnat face aux Ferrari 312 PB. L’équipage Pescarolo – Larrousse y connaît beaucoup de réussite, contrairement à Beltoise – Cevert accablés par une scoumoune persistante.

Pour les Vingt-quatre heures, on ne change pas une équipe qui gagne, Pescarolo est associé à son équipier habituel Gérard Larrousse. Et comme l’an dernier, les voici à nouveau affectés par des ennuis de garnitures de freins. Mais des soucis autrement plus graves de déchapage vont frapper les Matra de Jaussaud – Jabouille et Beltoise – Cevert. Du coup à 21 heures, Pescarolo – Larrousse sont seconds derrière leurs équipiers Depailler – Wollek. Ces éphémères leaders abandonnent bientôt, Pescarolo perd du temps suite à ses sempiternels problèmes de freins, et les Ferrari en profitent pour occuper les deux premières places. Mais dimanche matin, elles connaissent à leur tour pas mal d’ennuis, et Pescarolo – Larrousse prennent le commandement dès 8 heures.

A midi, ils comptent 6 tours d’avance sur la Ferrari de Ickx – Redman, mais un démarreur récalcitrant va réduire leur avantage à un seul et unique tour. Ickx veut encore y croire, mais le moteur de la Ferrari ne résistera pas au traitement que lui inflige le champion belge survolté. Et Pescarolo remporte son second succès consécutif aux Vingt-quatre heures.

1974 : La passe de trois.

Matra revient au Mans avec trois 670B de 1973, soigneusement améliorées, et une nouvelle 680B. Alfa Romeo, peu inspiré en championnat, a déclaré forfait pour Le Mans, et les Vingt-quatre heures prennent des allures de promenade de santé pour les “Bleus”.

Mais rien n’est jamais gagné d’avance. Jarier trop fougueux accroche un autre concurrent sur la voie des stands, et la nouveauté 680 renoncera vers minuit sans avoir jamais convaincu. Presque simultanément, Jaussaud – Dolhem – Wollek renoncent eux aussi sur panne mécanique. Jabouille – Migault relégués loin au classement, les espoirs de Matra reposent désormais sur les épaules de Pescarolo – Larrousse, confortables leaders.

Mais vers 11h, coup de théâtre : Pescarolo est immobilisé sur les Hunaudières, en panne de boîte ! Mais il parviendra à regagner son stand, écoutons-le raconter sa mésaventure :

« Je venais de passer la cinquième, il y a eu une explosion dans la boîte. Je me suis arrêté, j’ai levé le capot, ausculté et … rien trouvé. En lançant le moteur à tout hasard, j’ai essayé de passer une vitesse. La troisième s’y est prêtée, je suis rentré ».

Un manchon défaillant est remplacé en 45 minutes, et la Matra reprend la piste un tour seulement devant la Porsche Carrera RSR en seconde position. Mais cette dernière ne pourra pas lui contester la victoire, et Henri Pescarolo décroche sa troisième victoire consécutive.

A suivre…

Texte et photos : Alain Jourdainne

2 commentaires pour "Henri Pescarolo et Le Mans - 3"

boubouille 19 juin 2009 (#)

Superbe récit, et j’en profite au passage pour te féliciter pour la tenue, la clareté, et la qualité de ton site…..C’est toujours avec plaisir que je fais des petites incursions au milieu de ton stock de photos sur l’histoire des 24H ……….

Mack 7 mars 2010 (#)

This is the reason I like http://www.endurance-photos.org. Nice post.

A vous !

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