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Henri Pescarolo et Le Mans - 6

Auteur : FRA le 22 novembre 2009
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Henri Pescarolo et les Vingt-quatre heures du Mans


6/7. Pescarolo, label qualité France.


1994 : Le début de l’ère Courage.

Henri Pescarolo a déjà brillamment représenté la France au Mans, parfois dans des initiatives où le médiatique l’emportait sur le sportif. Il va désormais jouer les porte-drapeau de son pays, prêt à mettre son immense expérience au service de petites équipes françaises, et à aider de jeunes pilotes à faire leurs preuves.

C’est un peu dans cet esprit qu’il rejoint en 1994 l’équipe d’Yves Courage. Reportant d’une année les débuts de sa nouvelle C41, ce dernier aligne finalement trois C32LM. La n° 2, équipée d’un flat-6 Porsche compétition-client préparé à l’usine, est confiée à Pescarolo, Alain Ferté et Frank Lagorce.

Aux essais, Alain Ferté signe une pole-position de bon augure. Et en début de course, la 2 pointe en tête durant quelques tours, mais elle s’inclinera assez rapidement face aux Dauer et autres Toyota. De petits soucis de surchauffe contrarient quelque temps son avance, mais assez vite elle retrouve tout son punch, et Alain Ferté signe le record du tour peu avant 19h.

A 22h, la C32 est troisième derrière deux Toyota, à un petit tour de la tête de course. Mais pas question de se relâcher pour autant, les Dauer sont tout près. La 35 reprendra d’ailleurs bientôt l’avantage.

A 2h du matin, Alain Ferté ramène au stand la voiture alors classée 4ème, et le verdict est sans appel : cylindre fêlé, moteur “out”. Encore une belle opportunité qui s’envole …

1995 : La nouveauté n’était pas prête.

Henri retrouve l’équipe d’Yves Courage, qui aligne cette fois deux C41 au départ. Cette barquette WSC moderne représente pour lui l’espoir d’une internationalisation de sa petite structure, notamment vers le marché nord-américain. La n° 11 est équipée d’un V8 GM de 5 L, préparé chez Katech. Henri Pescarolo la pilotera, en compagnie de Frank Lagorce et Eric Bernard.

Bien qu’il ait assuré le développement de la nouveauté avec Eric Van de Poele, Henri ne cache pourtant pas qu’il aurait préféré s’aligner sur une C34, plus éprouvée. Mais “l’ancienne” sera confiée à Bob Wollek, Eric Hélary et … Mario Andretti, toujours en quête de sa triple couronne !

Lors des essais du mercredi, une pompe à huile défaillante bloquera longuement la 11 à son stand. Son meilleur temps sera finalement réalisé le lendemain par Frank Lagorce, et lui vaudra la 4ème place de grille. Derrière deux WR et la C34 de Wollek. L’autre C41, la n° 12, a été disqualifiée pour poids non conforme !

En début de course, Pescarolo assure un double relais, et lorsque la pluie commence Lagorce le relaie. La voiture occupe alors le 8ème rang, en embuscade. Mais à 18h, Lagorce est immobilisé à Arnage. On soupçonne un problème de pompe à essence, Lagorce ira jusqu’à pousser la voiture (!) pour tenter de relancer la mécanique. Mais au final, c’est une batterie à plat (!!!) qui est la cause de l’abandon.

Henri avait raison, la C41 n’était pas le bon choix cette année. Il avait d’autant plus raison que la bonne vieille C34 luttera jusqu’au bout pour la victoire, et ne s’inclinera face à une McLaren que sur des faits de course et autres excursions hors-piste.

1996 : La Filière Elf.

L’expérience C41 n’est pas poursuivie cette année au Mans, on retrouve donc au départ trois C36. Henri Pescarolo pilotera la n° 5, mais pas sous la bannière de Courage Compétition. Le concurrent est en effet “La Filière”, établissement créé par Elf afin de former de futurs champions. Henri en est le Délégué général, et avec son expérience mancelle on aurait difficilement pu trouver meilleur mentor pour les poulains de “La Filière”. Pour sa trentième participation, ses équipiers sont Frank Lagorce et Emmanuel Collard.

Lors des essais préliminaires de 28 avril, la Courage de “La Filière” fit longtemps figure de non qualifiée ! Ce n’est qu’au tout dernier moment qu’un changement de boîtier “Motronic” permit de sauver la mise. On décela plus tard un capteur détérioré lors du test de conformité de la pression du turbo ! Moins mouvementés, les essais officiels se concluent par un 19ème rang sur la grille, à 6 secondes de la meilleure C36.

C’est Pescarolo qui prend le départ. Un changement de capot constituera le seul incident d’un début de course tranquille. Et à 22h, la 5 est solide … 5ème. Les performances n’autoriseront certes pas à aller chercher la tête de course, mais pour l’heure elle est la mieux placée des C36.

Hélas, le début de la nuit est calamiteux. Vers 23h, des ennuis de phare la contraignent à deux arrêts, mais le pire survient à 0h40 lorsque Emmanuel Collard est longuement bloqué à Arnage. Il parvient à ramener la voiture au stand, où il faudra une heure pour remplacer l’embrayage et le câble d’accélérateur. Ceci fait, la voiture pourra enfin reprendre un rythme normal, mais elle a plongé en 24ème position.

La remontée sera à nouveau contrariée durent la matinée par un changement d’amortisseurs, mais malgré tous les ennuis la 5 tient bon, et franchit la ligne d’arrivée en 7ème position, meilleure française et meilleure Courage. “La Filière” peut être fière de son Délégué général !

1997 : Du patinage artistique …

“La Filière” reconduit son engagement de l’an dernier, et fait toujours confiance à Henri Pescarolo pour encadrer les futurs champions. La C36 n° 8 bénéficie d’un flat-6 Porsche préparé chez Joest, contrairement aux moteurs de Courage Compétition qui font l’objet d’une préparation “maison”. Le vétéran Pescarolo la partage avec Jean-Philippe Belloc et Emmanuel Clérico.

Placée au 9ème rang de la grille, la 5 va perdre gros dès 16h43, lorsque Clérico va s’égarer dans les graviers du Tertre Rouge. La sanction est un plongeon au 35ème rang. Et la voiture semble très pointue, pour ne pas parler de “vicieuse”, car tous ses pilotes iront successivement à la faute. Pescarolo à 18h44, encore au Tertre Rouge, avec à la clé une heure de réparation du châssis – les rivets du train avant seront notamment consolidés. Le même Pescarolo peu après minuit, au même endroit, mais avec des conséquences moins graves. Belloc se rate à la chicane Dunlop à 2h04. A chaque fois on nettoie, on vérifie et on perd du temps.

Pescarolo, qui ne nous a pas habitués à tant d’exubérance, ira encore trois fois à la faute d’ici la fin de la course – ou du calvaire ?..

Dans ces conditions, la remontée de la Courage au 7ème rang final apparaît plus que méritoire. Ces Vingt-quatre heures auront été formatrices, les pilotes et les mécaniciens de “La Filière” se sont dépensés sans compter.

1998 : La vénérable C36 ne pouvait guère mieux.

Toujours sous les couleurs de “La Filière”, Henri Pescarolo partage cette fois son volant avec Olivier Grouillard et Franck Montagny. La Courage n° 15 est certes une C36 vieillissante, notamment face aux C51 flambant neuves de courage Compétition, mais elle a toujours un bon flat-6 Porsche préparé chez Joest (la mécanique de la TWR victorieuse ici-même l’an dernier). Le public ne s’y trompe pas, et offre une belle cote d’amour à cette voiture.

Les essais placent la 15 en 25ème position, vu l’âge du châssis et la qualité de la concurrence, c’est loin d’être infamant. Les choses se passent plutôt bien jusqu’à 20h, où la 15 pointe en 12ème position. Puis Grouillard va faire un peu de hors-piste, Montagny également. Deux crevaisons retardent également la Courage avant minuit, mais la mauvaise opération est un changement du pignon de 4ème, qui l’immobilise 1h37 (entre 0h38 et 2h15) : Elle chute en 28ème position.

Passés ces gros soucis, le rythme redeviendra correct, jusqu’à un classement final en 16ème position. Il devient urgent d’envisager une mécanique plus moderne.

1999 : Pescarolo Racing Team

“La Filière” n’est plus là officiellement. Bienvenue à “Pescarolo Promotion Racing Team”. Pour sa 33ème participation, la dernière en tant que pilote, Henri Pescarolo prépare l’avenir en endossant la tenue de team-manager. Il aligne sous ses propres couleurs – vertes bien entendu – une Courage qui tient de la C50 et de la C51. Le châssis est celui de la C50 “Vaillante” de 1997, mais les modifications apportées l’ont contraint à passer un crash-test, pur lequel Yves Courage a dû le mettre aux spécifications C51. Mais comme le moteur est un flat-6 Porsche préparé chez Joest, accouplé à une boîte 5 Porsche, son constructeur a estimé qu’il s’agissait bel et bien d’un C50. La ville du Mans soutient le projet, le proto a été préparé tout près, à Champagné, dans les anciens locaux de Jean Rondeau. Et la personnalité d’Henri Pescarolo a fait le reste !

Aux côtés du “boss”, on trouve au volant de la n° 14 Patrice Gay et Michel Ferté.

Les essais commencent dans la douleur, des problèmes récurrents de hauteur de caisse ne seront solutionnés que tout en fin de séance le mercredi. Enfin revigorée, la 14 réalisera le 25ème temps. Malgré une amélioration le jeudi, elle ne gagnera pas de place sur la grille.

La Courage progressera régulièrement au classement jusqu’en milieu de nuit. Vers 2h, le changement du moyeu arrière gauche lui fera perdre une demi-heure. Ce sera la seule grosse anicroche de sa course. Elle termine à une très honorable 9ème position.

Ce sera la dernière apparition du célèbre casque vert sur la piste du Mans.

A suivre…

Texte: Alain Jourdainne
Photos: Alain Jourdainne et François-René Alexandre

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