9. 2000 – 2009 : Le siècle de la timidité
2000
On commence à pressentir le début d’une ére nouvelle, dominée par Audi. Et l’avenir le confirmera, durant les prochaines années la marque allemande laissera fort peu d’espace à la concurrence pour s’épanouir.
Hasard ou prémonition, les constructeurs japonais ont déserté Le Mans. On ne trouve au départ que trois équipes nippones, toutes privées : TV Asahi Team Dragon qui aligne deux Panoz, ornées de superbes … dragons ; Taisan Advan qui présente une Porsche, et à nouveau le team Goh, associé cette année à Chamberlain Engineering pour engager une Dodge Viper.
La seule mécanique japonaise anime une Lola LMP 675, un V6 Nissan de 3 L. préparé chez AER (Advanced Engine Research). Elle remportera sa catégorie, malgré près de trois heures perdues durant la nuit sur ennuis de transmission. Il faut dire que sa seule concurrente encore valide au terme des deux tours d’horloge est la WR n°36, qui n’a pas été elle non plus épargnée par les soucis. A son volant, on retrouve une vieille connaissance : Yojiro Terada …
2001

Nous retrouvons cette année au départ un “constructeur” japonais absent depuis 1986. Dome n’a certes pas la carrure de Toyota, mais il construit ses châssis, et là est l’essentiel. Sa S101 est une LMP1 moderne, rapide, équipée du V10 Judd de 4 L, une référence en endurance.
Le team Goh s’est associé à l’équipe danoise Den Bla Avis de John Nielsen pour présenter la Dome n°10, et la 9 porte les couleurs très originales de Racing for Holland. Sa robe noire et blanche est constituée de centaines de petits stickers, chacun portant le nom d’un sponsor ! Elle compte parmi ses pilotes Jan Lammers, ancien vainqueur des 24 Heures justement réputé pour ses qualités de sprinter.
Deux V6 Nissan sont présents. Celui de la Lola n°32, une B2K/40 identique à celle qui a remporté la catégorie l’an dernier, a vu sa cylindrée portée à 3,4 L. La Pilbeam n°35 disposait théoriquement d’une mécanique identique, préparée chez International Engine Service, mais suite à un souci rencontré pendant les essais elle prendra le départ avec un 3 L.
Et la course est impitoyable pour les concurrents japonais : Seule la Porsche du Team Taisan portera les couleurs du Soleil Levant jusqu’à l’arrivée.
Après avoir perdu pas mal de temps suite à un changement d’aileron, la Dome hollandaise remontait fort, elle se classera brièvement 9ème avant de rétrograder sur sortie de piste, puis de renoncer victime de problèmes électriques. La danoise connaîtra un sort sensiblement inverse, après un bon début de course elle descendra lentement aux enfers et abandonnera à minuit moteur out.
Côté LMP675 et V6 Nissan, la Pilbeam ne survivra pas au carambolage provoqué par une averse en tout début de course, et la Lola sera éliminée par une surchauffe moteur.
2002

Souvent inspiré dans le choix de ses châssis, Kazumichi Goh s’en remet cette année à une Audi R8, un châssis 2001. Et Dome revient avec deux S101. L’une est engagée par une vieille connaissance, Masahiko Kondo. Il s’agit du châssis “Racing for Holland” de l’an passé. Cette année, l’équipe néerlandaise engage pour sa part un modèle 2002.
Une nouveau motoriste japonais tente sa chance cette année dans l’arène du Mans, un V8 Mugen est installé dans une Panoz. Une autre motorisation revient après une longue absence, le quadri-rotor Mazda installé dans une coque WR 2001. Cet étonnant cocktail a été réalisé sous la supervision technique de Jim Downing, grand spécialiste des mécaniques Mazda, notamment maître d’œuvre des participations Kudzu. Renouvelant ici l’expérience tentée en 1999 avec un châssis Riley & Scott, Yojiro Terada baptise l’ensemble du nom de sa société de préparation, Autoexe. La décoration est bien évidemment chatoyante.
Sans surprise, c’est l’Audi japonaise qui est la mieux classée au terme des 24 heures. Mais sa 7ème place reste en-dessous de ses ambitions initiales. Une demi-heure perdue en début de nuit à réparer le circuit de refroidissement peut expliquer cette relative contre-performance, l’Audi n°5 évoluant régulièrement au 5ème rang avant ses ennuis mécaniques.
La meilleure Dome, la hollandaise, est 8ème, après quelques tout-droit et autres tête-à-queue. Celle du Kondo Racing abandonne au petit matin en panne de boîte de vitesses, après avoir perdu beaucoup de temps en début de course par la faute de cette même boîte.
Et Yojiro Terada renonce durant la deuxième heure de course, trahi par sa transmission.
2003

Le team Goh persiste avec son Audi R8, un modèle 2002 – les seuls disponibles pour les clients Audi. Les hautes instances de la firme allemande ont en effet décidé que 2003 serait l’année Bentley, une autre marque du groupe VAG.
On dénombre cette fois trois Dome au départ. Celles de Racing for Holland sont deux modèles 2003, dotés d’un V10 Judd et du changement de vitesses pneumatique au volant. La japonaise du team Kondo est aussi un châssis 2003, mais plus ancien et donc pas aux dernières spécifications. Elle utilise un V8 Mugen dûment amélioré depuis l’an dernier.
L’Audi japonaise se montre une fois de plus la meilleure représentante nippone, elle termine 4ème, battue à la régulière – et de deux tours seulement – par la voiture-soeur du Champion Racing. Et comme prévu derrière les deux Bentley.
La meilleure Dome hollandaise se classe 6ème, l’autre abandonne en vue de l’arrivée sur sortie de route. Elle avait au préalable perdu pas mal de temps suite à divers accrochages et autres sorties de piste. La n°9 amène son moteur Mugen à l’arrivée, classée 13ème. Elle aurait pu prétendre à nettement mieux si sa boîte de vitesses s’était montrée moins capricieuse.
2004

Cette année est la bonne pour le team Goh ! Il l’emporte avec son Audi R8 de 2002. Confiée à Seiji Ara, Rinaldo Capello et un certain Tom Kristensen, qui ne vient pas au Mans pour faire de la figuration, elle réalise une course parfaite. Elle se trouve en position idéale lorsqu’à 7h dimanche, un problème de suspension retarde l’Audi-Veloqx n°88, et décide du sort de la course. Malgré un mano a mano haletant, l’Audi japonaise conservera son bien jusqu’au drapeau à damiers.
Les trois Dome sont là, traditionnellement mues par des Judd chez Racing for Holland, et par un Mugen chez Kondo Racing. Et comme l’an dernier, la n°7 menée entre autres par Jan Lammers se montre la meilleure du lot, avec sa 7ème place. Elle était facile 4ème en début de soirée, avant qu’un changement de pompe à essence ne la fasse plonger au classement. Crevaisons et excursions hors-piste ont également contribué à ternir une prestation qui aurait pu être excellente.
2005

Dome n’engage cette année que deux prototypes. Celle inscrite par Jim Gainer International est un modèle 2005 hybride, orné de multiples soleils rouges, les mêmes qu’on peut admirer sur les kimonos de ses ravissantes hôtesses de son stand. Cette voiture est une représentante officielle de la marque – qui avance masquée sous le nom d’une société d’impression, propriété d’un ami du fondateur de Dome. L’autre est la hollandaise de l’an passé, qui arbore désormais sur sa robe l’orange national. C’est, hélas pour elle, sa seule évolution notable.
Et voyez comme le destin peut s’avérer facétieux … C’est la n°10, la toute vieille qui va réaliser de loin la meilleure prestation. Elle caracolait en 5ème position en début de nuit, avant un changement de radiateur. Les quelques excursions hors-piste traditionnelles aggraveront encore un peu son retard, et pourtant la 7ème place est au bout des 24 heures ! La n°5 hybride abandonne pour sa part durant la nuit, en panne de boîte de vitesses.
Un moteur Nissan V6 turbo apparaît dans une des Dallara de Martin Short. L’initiative bénéficie d’un soutien discret mais réel de Nismo.
2006

Le meilleur représentant japonais est cette année le vénérable Terada-San, une institution à lui tout seul ! Pour sa vingt-septième participation, il termine 13ème et second du groupe LMP2.
Une nouvelle équipe japonaise apparaît cette année, JLOC (Japan Lamborghini Owner Club). Elle ne bénéficie hélas que d’un soutien très restreint de l’usine. Bien qu’ayant parcouru la distance nécessaire, leur Murcielago ne sera pas classée, faute d’avoir reçu le drapeau à damiers – elle est restée arrêtée au virage Porsche.
On retrouve une fois de plus une Dome présentée par Jan Lammers. Il s’agit du châssis hybride engagé l’an dernier sous la bannière “Jim Gainer”, désormais équipé d’un V10 Judd de 5 L. Renouant avec les mosaïques noires et blanches, la voiture est cette fois décorée d’une foule de petits ballons de football – Coupe du monde oblige. Solide troisième en début de nuit, elle devra hélas abandonner à mi-course sur sortie de route.
Les V8 Mugen, dont la cylindrée est passée à 4,5L, équipent cette année les toutes nouvelles LC70 engagées par Courage Compétition. Le moteur causera l’abandon de la 12, quant à la 13 ce sera la boîte de vitesses.
2007
Une fois encore sur la piste du Mans, le meilleur allié du sport automobile japonais est un hollandais, le
terrible Jan Lammers ! Racing for Holland dispose cette année d’un V10 Judd 5,5 L pour animer son châssis Dome. Une sortie de route lui fera perdre une heure en début de course, puis d’interminables problèmes d’accélérateur contrarieront son avance. Elle termine finalement 25ème – on a connu mieux chez Dome, et chez Racing for Holland – mais il fallait le faire.
T2M Motorsports, un concurrent de longue date aux 24 Heures, provoque cette année une petite révolution en abandonnant les Porsche GT, pour aligner une Dome … en LMP2 ! Le moteur est un V8 Mader atmo de 3,4 L, et le défi est d’importance – mais Dome souhaite s’étalonner dans la catégorie.
L’apprentissage sera douloureux, l’équipe s’avérant incapable de solutionner durant les essais des problèmes récurrents de commande de boîte. Partie de la voie des stands, la nouveauté abandonne après six petites heures, victime d’une surchauffe moteur.
La Lamborghini JLOC, en délicatesse avec ses freins, tape violemment lors des essais du mercredi et prend feu. Ses mécaniciens sueront sang et eau pour la reconstruire afin qu’elle prenne le départ. Elle y parviendra, mais ne bouclera pas son premier tour, transmission HS.
La Zytek de l’équipe Arena sera forfait, après que Hayanari Shimoda l’ait détruite dans une très grosse sortie de route, lors des essais préliminaires.
2008

Dome cède à la mode du “Coupé”, et amène au Mans un prototype à carrosserie fermée ! La S102 est toujours mue par un V10 Judd 5,5 L, et son engagement est cette fois tout ce qu’il y a d’officiel.
Rapide aux essais, uniquement surclassée par les diesel et la Lola-Aston-Martin, la nouvelle venue fait un début de course brillant. Elle pointe au 6ème rang – et meilleure des essence – à la fin de la troisième heure. Puis les vieux démons de fiabilité frappent à nouveau, et elle perd une heure vers minuit. Une sortie de route en fin de matinée lui coûtera deux heures supplémentaires, dans ces conditions sa 33ème place – dernière classée – tient un peu du miracle.
On dénombre deux mécaniques japonaises montées dans des châssis Courage. La LC70 de l’équipe Terramos utilise un V8 Mugen, et permet à Yojiro Terada de prendre son vingt-neuvième départ au Mans !
L’autre est une initiative de la Tokai University, université très réputée au Japon, qui souhaitait engager une voiture au Mans sous le contrôle d’un groupe de ses étudiants. Elle est équipée d’un V8 biturbo YGK, développé par Yoshimasa Hayashi, un ancien de chez Nismo.
La Lola du Kruse-Schiller Motorsports est mue par un quatre cylindres badgé Mazda, mais qui ressemble
étonnamment à un moteur AER. C’est sa boîte de vitesses qui l’immobilisera définitivement.
2009

Le cours du Yen est au plus bas. La délégation du pays du Soleil levant est squelettique cette année au Mans.
Suite à une mésentente avec une écurie cliente, Dome n’est pas là. Aucun châssis japonais, donc, et uniquement trois motorisations Mazda, des quatre cylindres turbo comme l’an dernier. On en retrouve une dans la Lola KSM, et deux dans les Pescarolo LMP2 de OAK Racing, nouvelle dénomination de l’équipe Saulnier.
Ni les pilotes ni les équipes nippones ne sont venus en nombre, eux non plus. L’ancien vainqueur Seiji Ara se retrouve au volant de la Porsche RS Spyder du Navi Team Goh. Leur association en 2004 – déjà sur un châssis allemand – s’était conclue par une victoire. C’est sans contestation possible la meilleure équipe japonaise au départ, la seule autre étant le Japan Lamborghini Owner’s Club, dont les participations précédentes n’ont pas convaincu.
2009 n’est décidément pas un grand cru pour le Japon, de ses divers représentants on ne retrouve à l’arrivée qu’un… moteur.
Après avoir bataillé ferme avec l’autre Porsche RS Spyder du Team Essex, la Porsche Goh abandonne en vue de l’arrivée, à 13h45 lorsque Seiji Ara a un gros accident à la chicane Playstation.
La seule motorisation Mazda à rallier l’arrivée anime la Pescarolo-Mazda n°24, qui se classe 3ème de sa catégorie LMP2.
Quant à la Lamborghini décidément maudite, elle a joué “trois petits tours et puis s’en va”. Un tour le mercredi avant de casser sa transmission, une réparation en panique pour faire acte de présence le jeudi, et … un tour en course avant de se retirer.
Texte: Alain Jourdainne
Photos : François-René Alexandre
O commentaire pour "Le Japon aux 24H - 7 - 2000 a 2009"
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