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Sur la piste: stage Le Mans Driver

Auteur : admin le 9 janvier 2011
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Bonne Année 2011 à tous les les visiteurs d’endurance-photos.org!

Pour débuter cette nouvelle année de manière insolite, nous vous proposons le journal de bord d’un apprenti pilote lors d’un “stage Le Mans Driver” qui s’est déroulé cet automne.

Du bon côté des grillages



Une question hante de nombreux amateurs de course automobile : comment passer de l’autre côté des grillages ? Elle devient de plus en plus cruciale avec la croissance de ces satanés grillages, qui atteignent des hauteurs certes sécurisantes, mais parfaitement déraisonnables pour le photographe amateur coincé derrière.
La solution existe : pour passer du bon côté, il faut devenir pilote.
N’importe qui ne peut pas devenir pilote !
Mais si. La preuve, moi j’ai pu. Ou du moins, j’ai pu faire semblant.

Imaginez ma chance : On m’a offert un stage d’une demi-journée sur proto Pescarolo, par les soins de l’école de pilotage “Le Mans Driver”.
Le Mans et Pescarolo, deux noms magiques dont je devais absolument me montrer digne.
J’allais me retrouver du même côté des grillages que des maîtres comme Tom Kristensen ou, justement, Henri Pescarolo !

Au jour dit, me voici à pied d’œuvre, sur le circuit de Maison Blanche. L’accueil de l’équipe “Le Mans Driver” est sympathique, et détend un peu l’amateur anxieux, qui en a cruellement besoin.
Nous sommes dix-huit participants. C’est beaucoup, je trouve. Moins que cinquante-cinq, c’est certain, mais sur ce circuit de 2,9 km, nous allons nous retrouver à l’étroit.
Sitôt revêtue ma superbe tenue de pilote, bardée de sponsors, je me sens un autre homme. Et on nous donne enfin les précisions tant attendues sur le déroulement des réjouissances.
Nous prendrons la piste six par six, en trois groupes. Nous débuterons une première session d’un quart d’heure derrière une voiture de sécurité, puis on nous laissera maîtres de notre destinée et de nos trajectoires. Après un débriefing, nous enchaînerons sur une seconde séance d’un quart d’heure, entièrement libre cette fois.
Présentation technique des bolides, conseils de pilotage, présentation du circuit, cela fait beaucoup de choses à découvrir. Je suis sûr qu’au bout de cinq minutes j’aurai tout oublié. C’est affreux.

Quelques participants attentifs ont noté un détail troublant. Le V8 SODEMO d’origine GM de “nos” Pescarolo développe 200 chevaux, pourquoi le formulaire d’inscription en annonce-t-il 360 ? De fait, en jouant sur l’électronique, ces voitures disposent d’une gamme de puissances allant de 200 à 360 chevaux. La question suivante est prévisible : lors de la seconde séance, est-ce que les 360 pur-sang seront libérés ? La réponse est tout aussi prévisible : Non. Et l’expérience prouvera que 200, c’est largement suffisant, du moins pour moi.
J’ai profité de cette présentation théorique pour observer discrètement mes condisciples. Et j’ai été un peu rassuré, certains commencent à prendre de l’âge, d’autres semblent un peu enveloppés, et il y en a qui sont de parfaits débutants dans l’art (délicat) du pilotage d’un prototype.
Mais je crois bien que je suis le seul à cumuler les trois ! Et du coup, je me sens nettement moins rassuré.

Et maintenant, il est temps de passer aux choses sérieuses !
Nous allons découvrir la piste en passagers, dans l’une des superbes Audi RS6 Avant mises à la disposition de l’école.
Notre accompagnateur nous explique qu’avec plus de 500 chevaux, leurs grosses Audi de deux tonnes sont nettement plus performantes que les Pesca de 850 kg bridées à 200 chevaux. Inutile d’espérer s’enfuir au volant de notre monture, ils nous rattraperaient sans mal.
Chemin faisant, le moniteur nous commente la piste. Ici c’est délicat, là vous passerez en 2, en 3 si vous êtes à l’aise…
Si je suis quoi ? Il se paie ma tête !
Le circuit de Maison Blanche emprunte partiellement la portion dite “nouvelle” du vrai circuit des 24 Heures, auquel il se raccorde à la célèbre courbe “Corvette”. Très difficile, insiste notre guide. Les innombrables traces multicolores qui balafrent le muret de sécurité prouvent qu’il dit vrai. C’est effectivement à cet endroit que traditionnellement, on dénombre le plus grand nombre de cartons durant les 24 Heures.
J’ai été fou de venir ici. Je veux repartir !

Nous sommes amenés aux stands, où six Pescarolo nous attendent, sagement alignées sur deux rangées. Elles ont fière allure, de vrais bolides de course. Quelle émotion, je vais piloter une voiture dont le capot est frappé du mythique petit casque vert.
Une fois glissé dans le baquet de ma Pesca, la surprise est agréable, je trouve facilement ma position de conduite. Allongé au ras du bitume, les pédales bien dures tombent pile-poil à leur place, et les mains sur le petit volant j’ai (presque) l’air d’un coureur. Ce petit volant (sans assistance) est viril à tourner, mais sans excès.
Mise sous tension, lancement des pompes, démarreur. Le V8 s’anime tout en douceur, sans rechigner. Pour des contraintes environnementales, il est muni d’un gros silencieux, et se fait fort discret. L’embrayage a un joli bruit agricole (clonk !), on l’entend presque plus que le moteur.
Première vitesse en effleurant la palette droite de la boîte séquentielle, et le challenge consiste maintenant à embrayer avec la plus grande douceur. Je cale, comme tout le monde ou presque, mais la troisième tentative est la bonne, et me voici en piste !
Le moniteur nous avait prévenus qu’au début nous serions à la rue, condamnés à faire table rase des habitudes acquises au fil d’années de conduite “normale”. Il avait raison. Heureusement que ma Pescarolo est une voiture compréhensive, parce que son pilote – qui pour l’heure n’est rien qu’un mauvais conducteur – a bien du mal à passer ses vitesses. Et à accélérer et à freiner avec toute la conviction nécessaires pour que la voiture se sente bien. Et pour faire rougir le chenillard de contrôle du régime.
Les accélérations sont inférieures à celles de l’Audi, mais tout de même ! Elles n’en finissent pas. Et le freinage est démoniaque. Filant au ras de la piste, je n’ai pas le temps de compter les cicatrices du muret du virage Corvette, je veille juste à ne pas en rajouter une. Et à éviter les cônes disséminés ça et là sur la piste, peut-être pour faire des niches aux aspirants-pilotes.
Mémoriser le circuit n’a pas été un problème. Et quand la confiance commence à s’installer, voilà le drapeau à damiers qui s’agite devant moi !
Comment, c’est déjà fini ?..

La seconde session nous permet de prendre la piste l’esprit plus libre. A preuve, les groupes qui précèdent le mien comptent des membres décomplexés, pour ne pas dire chauds-bouillants. De la poussière vole aux quatre coins de la piste de Maison Blanche. Z’ont pas peur, le chèque de caution est pourtant rondelet…
Mes doutes et angoisses techniques enfin dissipés, il ne me reste plus qu’à prendre du plaisir. Et à profiter de cette occasion unique d’oublier la terrible menace du radar malveillant. En un mot, je n’ai plus qu’à piloter.
Je m’applique. Je trouve mes changements de vitesse enfin satisfaisants, le V8 me botte le derrière à chaque montée de rapport, et à la descente je ne le fais plus ratatouiller comme lors de ma première tentative. Il me remercie en grondant avec un entrain très musical. Peut-être que ceux qui nous supervisent depuis le bord de la piste sont moins enthousiastes, mais cela ne m’empêchera pas de me sentir le roi du pétrole.
Je trouve mes propres limites, terriblement en-dessous de celles de ma monture. Celles-ci, je ne les tutoierai pas aujourd’hui. A cause de ce fichu chèque de caution, bien sûr, mais aussi parce que je suis suffisamment heureux comme cela.
Rêvons un peu. S’il y avait vraiment un radar au bord de cette piste, verrais-je ses servants tout de bleu vêtus me faire des grands signes : “Pousse ! Pousse ! Plus vite !”. Le bonheur…
Mais assez fantasmé, restons concentré.
J’ai la confirmation que jamais je ne serai un Kristensen – ni un Pescarolo – mais cela je m’en doutais. Il n’empêche que j’ai désormais piloté un prototype au Mans. Et ça, ça compte dans une vie.
Le drapeau à damiers, déjà ?
Il faut définitivement rentrer au stand. Dommage.

Impossible d’en rester là. Il faut que je revienne, pour piloter à nouveau ce merveilleux petit prototype. Et la prochaine fois, j’attaque comme une bête !
Il faut bien sûr rester lucide : les maîtres légendaires, Henri, Tom, Jacky et tous les autres, s’ébattent à un niveau sans aucun rapport avec le mien.
Mais j’ai une consolation : je continuerai aussi longtemps que possible à les admirer et à les photographier.





Texte: Alain Jourdainne
Jolies Photos : Céline et Stéphane

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1 commentaire pour "Sur la piste: stage Le Mans Driver"

Filluzeau Alexandre 4 février 2012 (#)

Bonjour !

Je cherchais justement des retours quand à ce stage de pilotage et votre récit m’a ravis ! Je compte bien offrir une journée complète à mon père pour ses 62 ans, il sera comme un gamin pour deux raison : la première est qu’il sera sur le circuit des 24h et la seconde, parce qu’il sera au volant d’un prototype.

Merci encore pour votre retour positif et vos clichés :)

A vous !

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